« J’écris comme je parle ». Une phrase suffit à Philippe Daussin pour expliquer son succès. Après Gauthier, Corsaire au service de Sa Majesté, de Pawel ou le faux départ, et de N’aie pas peur Sarah !, il signe un nouveau roman, Kiffe la vie, dont la sortie est prévue pour la rentrée 2006.

D’où te viens la passion de l’écriture ?

Cette passion me vient de l’enfance, de quand j’étais petit. J’aimais beaucoup Le club des cinq, ou Croc-Blanc. Devenir romancier était un rêve que j’avais enterré et qui est ressorti quand je suis devenu « vieux » (sourire).

Dans ton dernier livre, Lucas, le héros, avait pour beau-père un homme alcoolique, or ce fut aussi ton cas. Est-ce un hasard, ou est-ce que tu te sers d’éléments de ta vie personnelle pour imaginer tes histoires ?

On m’a déjà fait la réflexion.... (re-sourire). Effectivement, même si les histoires sont inventées, il y a du vécu derrière. Si dans Pawel, lorsqu’il est en foyer, ça sonne vrai, c’est parce que je suis passé par des foyers. L’expérience du passé m’aide.

Comment imagines-tu tes histoires et tes personnages ?

Alors là, on rentre dans le domaine du mystique... (encore sourire) Non, en plus mais c’est vrai. Je dis que c’est Dieu qui me donne l’inspiration. Par exemple, pour Kiffe la vie, l’histoire m’est venue un jour, au beau milieu d’un gala de musique. Je regardais les musiciens sur scène et, d’un coup, je ne sais pas pourquoi, j’ai eu ce livre qui m’est arrivé. Je ne sais pas trop comment l’expliquer... un peu à la volée. Cette histoire entrait en moi, avec ce jeune qui était sympa, rigolo, mais qui faisait des combines. Et puis il fallait aussi qu’il soit touchant. Et c’est alors qu’on a appris deux suicides : le jeune qui m’avait servi de « support » pour Lucas, et un ami en Pologne.

Donc pour créer ces personnages, tu les imagines à partir de gens que tu connais ?

Maintenant je m’inspire à partir de gens que je ne connais pas du tout. C'est-à-dire que je prends un prénom, et je… les vois physiquement dans ma tête. Ensuite je vais sur Internet, tout bêtement sur Google et je tape les prénoms. Et quand je vois une personne qui colle bien au personnage, je prends la photo et je la mets dans la fiche « personnage ». Dans cette fiche je mets aussi ce qu’il aime, son plat préféré, ses expressions favorites, sa taille, sa corpulence, la couleur de ses cheveux, ses yeux...bref, toute sa personnalité.

Est-ce une fierté que ‘Kiffe la vie’ soit finalement publié, alors qu’il y avait eu débat chez l’éditeur ?

Une fierté, non. Mais je suis content, surtout par rapport aux deux personnes qui sont parties. À la limite, ils seraient restés dans l’ombre. Quelque part, c’est leur redonner une vie. Aborder le thème du suicide chez l’ado, ce n’est pas facile, mais malheureusement chez les jeunes, le suicide est la première cause de mortalité, juste après l’accident de deux-roues. Et dans le cadre du suicide, pour notre ami, même si on ne l’a su qu’après, il y avait l’homosexualité. C’est la première cause de tentatives de suicide chez les garçons adolescents.

C’est pour ça que Kévin, le meilleur ami de Lucas, fait une tentative de suicide…

Ce n’était pas prémédité. Quand Lucas va chez Kévin, nor-malement il aurait dû y rencontrer sa copine, qu’il cherchait désespérément. Je venais d’apprendre la nouvelle (ndlr : du suicide), et là j’ai tout laissé, j’ai arrêté d’écrire pendant plus d’un mois, parce que ça m’avait bouleversé. Mais il paraît que c’est une réaction d’auteur qui est normale.

On te sent touché par le malheur des autres…

Oui, je suis quelqu’un de sensible.


 



Le fait que tes enfants soient dans la tranche d’âge concernée par le thème du suicide, est-ce une chose qui t’a poussé à aborder ce thème ?

Non ! Je pense que j’ai des enfants qui sont bien dans leur tête. Mais autour d’eux, certains en avaient tout à fait le profil…

Le caractère religieux dans tes livres, est-ce une sorte de barrière à ton imagination que tu ne dois pas dépasser, ou est-ce au contraire une source d’inspiration ?

D’abord je n’aime pas trop le mot « religion », je préfère celui de « foi ». Pour moi « religion », égal « tradition ». Quand j’étais en pension, des religieuses s’occupaient de nous, elles faisaient carrément l’inverse de ce qui est écrit dans la Bible. Parce que dans la Bible, il est bien dit « malheur à celui qui fait du mal à un enfant ». C’est là ma différence entre la religion et la foi. Je suis protestant et content de l’être, mais j’aurais très bien pu être catholique. L’important est de se sentir bien où l’on est.
Et puis, ma foi en Christ n’est pas une barrière, c’est quelque chose dont je tiens à parler. Dans Harry Potter on ne va parler que de sorcellerie, dans d’autres de superpouvoirs, alors pourquoi ne pas parler de Jésus ?

Pourtant tu en parles un peu moins dans Kiffe la vie…

C’est parce que je l’avais destiné à des éditeurs laïques grand public. Ce qu’il faut savoir, c’est que pour être lu dans les écoles laïques de France on ne doit pas parler de Dieu. En ne faisant que le suggérer, par exemple quand Lucas débarque dans ce foyer tenu par des missionnaires chrétiens, je peux atteindre un public plus large. Et puis, je cite quand même deux versets bibliques… (sourire)

Ecrire, c’est un plaisir ?

Ah oui, tout à fait ! C’est un plaisir, c’est même une soupape. Quand il y a les problèmes du travail de la journée, de la santé pas formidable... je ne dirais pas que l'écriture est l'endroit où je vais réfugier, mais où je vais me ressourcer. Pour certains, c’est le jardinage, d’autres, le sport et bien moi, c’est l’écriture.

Pourquoi des livres pour les jeunes? Est-ce une façon de vivre cette jeunesse que tu n’as pas forcément eu ?

Oui, en quelque sorte je suis resté jeune. Je suis un « adulescent ». Entre une soirée avec des jeunes et une soirée avec des adultes, je choisirai sans hésiter celle avec les jeunes.

Comment combiner la vie familiale, professionnelle, et celle de l’écrivain ?

C’est difficile, il faut faire les trois fois huit (rire).

Autour de toi, cette réussite dans l’écriture a été bien vécue?

Comme on dit, nul n’est jamais prophète en son pays ! Mais ce n’est pas spécial à moi, je sais que les enfants de célébrités restent un peu de marbre à la réussite de leurs parents. Mais globalement ça a été bien pris. Je suis content. Pour moi, c’est surtout une réussite d’où je viens. J’étais celui dont les voisins ne voyaient pas d’un bon œil que leur fils, leur fille, me côtoie. Police secours venait tous les quinze jours chez nous. Du coup, c’était assez difficile pour se faire des amis.

Ton site Internet, dans quel but l’as-tu créé ?

Aujourd’hui tout le monde passe par là. Internet, c’est l’avenir. J’y présente mon travail d’auteur, et aussi d’où je viens pour que si des jeunes se sentent nuls, qu’ils gardent espoir.

Justement ! Quel conseil donnerais-tu à quelqu’un qui veut se mettre à écrire ?

Qu’il s’y mette à fond ! On peut être bon en français, avoir des tas de diplômes, ça ne sert à rien si on n’a pas d’imagination. Alors, il ne faut pas hésiter !

Propos recueillis par Nicolas Bellemon-------