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La nuit est noire,
sans une étoile. Malmenées par les violentes bourrasques
de vent, les branches des arbres plient en grinçant lugubrement.
Pour tout arranger, une pluie glacée me fouette le visage et en
profite pour s’infiltrer par le col de mon anorak. Je frissonne,
mais je m’en fiche. Je me laisse tomber sur les genoux et j’ajuste
la lampe frontale de spéléologue que m’a prêtée
mon copain Cyril. Je sors de mon sac à dos une pelle pliante de
l’armée U.S. Elle aussi appartient à Cyril. Elle se
plante facilement dans la terre gorgée d’eau. Alors je me
mets à creuser énergiquement.
Au cinquième coup de pelle, mon cœur
fait un bond dans ma poitrine. Quelqu’un ou plutôt quelque
chose s’est agrippé à mon sac à dos et tire
dessus. Je ne sais pas trop de quoi ou de qui il s’agit. À
peine le temps de me retourner, qu’une forme blanche se jette sur
moi et m’attaque à grands coups d’ailes et de bec.
La trouille me paralyse tellement, que je n’arrive même pas
à crier. Un gros bec claquant se referme sur ma casquette et tire
dessus. La créature veut m’arracher ma lampe. Je la repousse
de toutes mes forces. Du coup, un rayon de lumière l’éclaire
et j’identifie mon agresseur : un cygne. Apparemment, il n’apprécie
pas d’être dérangé en pleine nuit sur son territoire.
Heureusement, que Cyril m’a fait la leçon sur les mœurs
de ces charmants anatidés. Je sors une demie baguette de pain de
mon sac à dos et la lui tends. Elle doit être plus appétissante
que ma casquette parce qu’il la saisit aussitôt et s’éloigne
en se dandinant. Le temps de me remettre de mes émotions et me
voilà reparti à creuser.
Tout en évacuant les pelletées
par dessus l’épaule, je me dis qu’il faut être
vraiment fou pour venir creuser sur cet îlot à une heure
du matin en ce mois de novembre. D’accord, j’aurais pu chercher
un trésor, comme Jim Hawkins, le héros de Stevenson, dans
l’Ile au trésor. Mais non ! Moi, c’est un cadavre que
je cherche. Celui d’un homme mystérieusement disparu dans
la région bordelaise, depuis bientôt dix-sept ans.
Si je n’avais pas été
m’asseoir à côté de cette fille, dans ce car
scolaire, je serais probablement resté le garçon le plus
heureux de Brégnac. Choyé des miens, apprécié
de mon chef de chœur et de mes profs. Tout ça parce que mes
yeux vert émeraude plaisaient à cette fille et que j’avais
osé la raccompagner chez elle…

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